Hermann Rosenbach
Né à Hanovre le 20 octobre 1925 · Assassiné à Birkenau le 10 octobre 1942
Hermann Rosenbach est né à Hanovre, en Allemagne, le 20 octobre 1925, dans une famille juive d'origine polonaise.
Son père, Saul Rosenbach (Parnes), était originaire de la localité de Grodek Jagiellonski (oblast de Lviv), un shtetl de Galicie dans lequel la présence juive remontait au XVe siècle, où il avait vu le jour le 15 mars 1890. Il était le fils de Léo Hermann et Anna Rosenbach.
La mère d'Hermann, Blima Frajda Poch, était née le 27 octobre 1895 à Sosnowice dans la Voïvodie de petite Pologne. Ses parents s'appelaient Jacob et Golda Huster.
De leur union sont issus trois enfants : Anna (Anni), la sœur aînée de Hermann, née le 16 mars 1921, Julius (Jules), né le 18 juin 1922, et Hermann, le dernier de la fratrie. Tous sont nés à Hanovre, où le couple s'était installé vraisemblablement après la Première guerre mondiale, pour fuir l'antisémitisme très présent dans la Pologne de l'entre-deux-guerres.
La fuite d'Allemagne – 1933
Après Hanovre, à partir du 10 mars 1928, on retrouve la famille, toujours en Allemagne, à Oldenburg, avant de partir pour Berlin puis la France en août 1933 : un document du « ministère des églises et écoles d'Oldenburg », daté de mai 1933, mentionne que Julius, le frère aîné de Hermann, est « Nichtaricher » (non aryen), signe que les persécutions à l'encontre des Juifs ont commencé.
En 1933, la situation des Juifs en Allemagne se dégrade rapidement : l'arrivée d'Adolf Hitler au pouvoir inaugure la mise en place de nombreuses mesures antisémites. L'année 1933 est marquée par le boycott des magasins juifs, la loi du 7 avril 1933 permettant de destituer les fonctionnaires juifs, et des autodafés de livres interdits dont les auteurs étaient juifs. La vie juive en Allemagne se transforme en une succession d'épreuves et d'humiliations. La France est largement plébiscitée par ces réfugiés : pays proche, elle pratique alors une politique d'accueil très libérale et accueille dans les années 1930 environ 50 000 réfugiés allemands et autrichiens.
La famille Rosenbach entre sur le territoire français par Forbach et, dans un premier temps, s'installe à Paris. La carte d'identité de Blima Frajda Rosenbach, conservée aux archives départementales du Maine et Loire (cote 120W63), établie le 10 septembre 1933, nous permet de suivre le parcours de la famille, qui réside pendant presque un an au n°30 du boulevard de Magenta dans le Xe arrondissement de la capitale, avant de partir pour Metz.
La famille d'Hermann se trouve donc à Metz à compter du 23 août 1934. La carte d'identité de Blima porte comme adresse le numéro 57 de la rue Belle Isle, tandis que le formulaire d'inscription d'Hermann au Lycée de Metz nous apprend que leur résidence se situe aux numéros 95-97 rue du Pontiffroy, et que le père du jeune garçon exerce la profession de commerçant.
Hermann, dont le prénom a été francisé en « Armand », est d'abord scolarisé à l'école préparatoire de garçons de la rue Chambière, où il obtient le certificat d'études primaires (CEP) en avril 1938, avec des résultats brillants. Il est particulièrement doué en travail manuel, en mathématiques, en géographie et en sciences naturelles. Classé troisième sur quarante-cinq élèves, sa remarque générale est « très bien ».
Hermann intègre ensuite le lycée Fabert de Metz à la rentrée 1938, directement en classe de 5e B, vu ses excellents résultats au CEP. Les archives départementales de la Moselle conservent ses bulletins scolaires des deux premiers trimestres de l'année 1938-1939. Hermann est en classe de 5e B1 et il est inscrit au tableau d'honneur au premier trimestre. Ses professeurs notent des progrès et soulignent que, malgré des résultats parfois « passables », c'est un élève consciencieux dont le Proviseur salue le « travail sérieux » et les « progrès satisfaisants ».
À la fin de l'année scolaire 1938-1939, il obtient dans la classe de 5e division B/1 un second accessit en allemand lors de la distribution solennelle des prix du jeudi 13 juillet.
À l'été 1939, comme d'autres familles juives de Metz, à l'approche de la guerre, les Rosenbach quittent Metz et on les retrouve dans la région de Saumur. La carte d'identité de Blima Rosenbach atteste de leur arrivée au manoir de Sainte Radegonde à Chênehutte-les-Tuffeaux le 6 septembre 1939.
Le 25 septembre 1939, à la veille de la rentrée scolaire, la mère d'Hermann adresse un courrier au proviseur du lycée Fabert, afin d'obtenir tous les documents nécessaires à l'inscription d'Hermann au lycée de Saumur.
Leur arrivée à cet endroit ne tient certainement pas au hasard : en 1933, un israélite d'origine allemande, Moritz Meier, avait acheté le château de Sainte-Radegonde ainsi qu'une ferme-école permettant aux jeunes Juifs d'apprendre à cultiver les champs et élever les animaux. Ce refuge a donc permis à des familles juives de bénéficier de conditions de vie sensiblement « normales » au moins pendant quelques temps.
Les Rosenbach ne restent que peu de temps à Sainte Radegonde, vraisemblablement juste les quelques jours nécessaires pour trouver un logement, et quittent le domaine dès le 14 septembre 1939 pour s'installer à Saumur, au numéro 3 de la rue de la Grise.
Hermann, qui a alors 15 ans, dépose une demande de carte d'identité. Les archives départementales du Maine et Loire conservent, sous la cote 120W63, une copie du dossier qu'il dépose alors à Saumur.
Hermann joint à sa demande un certificat de scolarité : il est inscrit en octobre 1940 au lycée de Saumur en classe de 3e B.
Le 9 octobre 1941, Hermann adresse au préfet de Maine et Loire un courrier dactylographié par lequel il sollicite la « prorogation de sa carte d'identité d'étranger au titre de non travailleur », de nationalité polonaise. On apprend ainsi qu'Hermann est alors scolarisé à l'école industrielle de Saumur, inscrit en classe de Seconde B, avec allemand en première langue et anglais, pour l'année 1941-1942. Sa sœur Anna, quant à elle, a voulu travailler comme interprète à la mairie de Saumur mais a été refusée en tant que juive ; elle est finalement congédiée de son emploi de couturière en 1941.
Le mois de Juin 1941, qui voit Anna congédiée de son emploi, est aussi celui du décès du père d'Hermann. Saul Rosenbach, dont la situation administrative était irrégulière depuis un arrêté d'expulsion de 1939, fait l'objet de contrôles répétés. Malade, revenu à Saumur, les autorités préfectorales surseoient à son expulsion en raison de son état de santé. Il décède des suites d'une tuberculose à son domicile à Saumur le 13 juin 1941 à 3 heures du matin.
C'est à Saumur, dans une maison située au numéro 3 de la rue de la Grise que Blima, Anna et Hermann sont arrêtés par les Allemands dans la nuit du 15 au 16 juillet 1942.
La rafle des 15 et 16 juillet en Anjou s'inscrit dans le cadre de l'opération « vent printanier » qui se manifeste à Paris par la rafle du Vel' d'Hiv. Ces grandes rafles de l'été 1942 sont les premières manifestations de la décision prise par les nazis de déporter les Juifs d'Europe de l'Ouest. En application de l'accord Oberg/Bousquet, la Feldgendarmerie arrête à Saumur 12 Juifs (dont les trois membres de la famille Rosenbach). Les arrestations en pleine nuit ont été facilitées par le fait que les Juifs étaient assignés à leur domicile de 20h à 6h du matin depuis la sixième ordonnance allemande du 7 février 1942.
La rafle est organisée par le Kommandeur SS Haupsturmfuhrer Ernst, qui dirige l'antenne du SIPO-SD d'Angers, avec un tel zèle qu'ils ont réussi à faire partir d'Angers le convoi n°8, le seul des six convois de province planifiés, en y adjoignant des Juifs français qui auraient dû être épargnés. Cette réussite s'explique aussi par l'action des auxiliaires français : au moment des rafles du 15 au 17 juillet et du départ du convoi n°8 le 20 juillet 1942, ce sont 16 à 29 policiers français qui prêtent leur concours aux arrestations et au convoiement des juifs.
Les Juifs arrêtés à Saumur sont d'abord conduits à l'école de cavalerie, puis en camion vers le grand séminaire, rue Bara, à Angers.
Hermann, sa sœur Anna et leur mère, Blima, retrouvent là d'autres anciens élèves du lycée Fabert, précédemment internés au camp de la Lande : sont aussi au grand séminaire les enfants Moszkowicz, dont Max, et André Lévy.
Hermann, sa mère et sa sœur, sont déportés depuis Angers par le convoi n°8 qui part vers Birkenau le 20 juillet 1942.
Convoi n°8 · Angers → Auschwitz-Birkenau · 20 juillet 1942
À l'arrivée du convoi 8, à quelques exceptions près, tous les déportés sont entrés dans le camp de travail forcé d'Auschwitz. Selon le Mémorial book des Bundesarchiv, Hermann (Armand) Rosenbach serait mort à Auschwitz le 10 octobre 1942.
Aucun des Juifs arrêtés à Saumur n'est revenu de déportation.
Quant au frère aîné de Hermann Rosenbach, Julius, qui exerçait la profession de dessinateur, il a été arrêté à son domicile du 2 rue Racine à Paris, envoyé de Pithiviers puis déporté par le convoi n°6 du 17 juillet à Auschwitz, où il est décédé le 25 octobre suivant.
Les villes de Saumur et d'Angers ont rendu hommage à ces Juifs déportés et on trouve le nom de Hermann Rosenbach sur une plaque mémorielle dévoilée à Saumur en avril 2017.
Un mur des noms inauguré à Angers en mémoire du convoi n°8 porte aussi les noms de Anna, Blima et Hermann Rosenbach.